Endeavour-Shuttle-Cockpit

 

Comment décrire aux Neurotypiques ce qui se passe dans la tête de votre petit Asperger ???

  

Alors, là, c’est toujours la grande question.

Vous ne pouvez pas faire une longe explication, vous pouvez commencer à parler des nombreuses options que votre enfant doit constamment prendre en considération lorsqu’il prend une décision, vous pouvez parler de toutes ces impressions qu’il subit, il entend tellement plus, voit tellement plus … C’est le chaos dans sa tête.

Je crois avoir eu l’idée d’une belle métaphore dont je me sers désormais, parce qu’elle montre ce que vit notre petit Asperger et parce qu’elle permet d’expliquer tout. Une métaphore qui montre ce qui le rend si différent, ce qui peut provoquer les crises, et ce qui peut rendre ses réactions incompréhensibles – mais qui n’oublie pas l’énorme potentiel qui sommeille en lui.

 

Voici ma jolie métaphore, dites-moi ce que vous en pensez :

 

Un enfant NT grandit "normalement". Il vient au monde, on lui apprend à s’asseoir, puis on lui offre un petit trotteur auquel il se tient pour faire ses premiers pas, qu’on applaudit, émerveillés. Puis on lui offre son premier tricycle, sur lequel il s’entraîne avec ardeur, pédalant de plus en plus vite avec ses petites jambes.

Après quelques années, il réclamera un « vélo de grand » ou une trottinette, et  vers l’âge de 5 ans on lui offre alors l’objet convoité afin qu’il apprenne à faire du vélo comme nous.

Fier, il se met à rouler sans les petites roues.

Puis, vers seize ans il réclame le scooter, qu’on lui refuse. Mais on lui propose de l’inscrire au permis, avec la conduite accompagnée, et pendant deux ans on l’initie à la conduite, puis il passe son permis, après des heures passées à s’entraîner.

Le voici un fier conducteur !

Mais notre petit garçon neurotypique veut aller plus loin, il veut peut-être devenir pilote – car nous avons choisi un garçon intelligent afin qu’il puisse tenir la comparaison avec notre Asperger d’amour.

Nous l’avertissons : écoute, tous ne peuvent pas devenir pilote, ce n’est pas simple, il faut faire des études, apprendre à voler, cela prend des années.

Mais il s’accroche, fait des études, accumule des centaines d’heures de vol.

Et ce n’est qu’une fois un vrai adulte, après des études, des explications théoriques et pratiques, des heures d’entraînement, qu’on laissera accéder dans le lieu saint, le cockpit d’un vrai avion. Qu’il pilotera d’abord en tant que copilote, et le chemin est encore loin avant qu’il puisse faire voler un Jet !

Mais il y travaille, c’est son plan de carrière, le but de toute une vie.

 

Prenons maintenant notre petit Asperger:

Il vient de naître, c’est sa première année, le petit Neurotypique n’a pas encore reçu son trotteur.

Le voilà enfermé dans le cockpit d’un immense Jet, avec ses boutons, ses lumières effrayantes, ses bruits violents lorsqu’on a le malheur de toucher à quelque chose, le micro qui parle avec des mots étonnants lorsque la tour de contrôle lance ses avertissements incompréhensibles.

 

Et à côté de lui  tout le monde lui hurle dessus « mais pourquoi tu n’y vas pas, vas-y, mais il est bête ou quoi, qu’est-ce qu’il a cet enfant ».

 

Notre petit Asperger s’acharne en grandissant, alors que notre petit NT s’entraîne avec son trotteur et le tricycle, notre Asperger appuie sur des boutons, et on lui crie encore dessus « mais non, arrête, pourquoi tu ne fais pas comme le petit Gregory, il fait déjà du vélo sans roues, il faut PE-DA-LER »,

Alors notre petit Asperger cherche les pédales, mais il ne voit que des manettes et manivelles, des lumières qui l’aveuglent, et le voilà qui pique de violentes crises.

Il se roule par terre, totalement dépassé.

Personne ne lui apprend à quoi servent les boutons, et il ne sait pas pourquoi il n’y arrive pas, il fait pourtant tellement d’efforts.

 

Il est noyé sous les informations, les bruits, les instructions de la cour de contrôle, il est paniqué par les attentes des parents qui crient « mais l’autre avance » alors que notre Asperger ne parvient pas à faire rouler son avion.

 

Heureusement, la plupart des Asperger est intelligent et fort, mentalement.

Avec le temps, il apprendra à appuyer sur un bouton, à comprendre à quoi il sert, puis sur un autre, puis encore sur un autre, pour observer les interactions.

 

De l’extérieur, ses expériences semblent totalement idiotes, il ne cesse d’ouvrir et de fermer une porte, pourquoi ? Il tente de comprendre l’angle, le fonctionnement. C’est le bouton qu’il doit comprendre. Donc, laissez-le.

Cela paraît bizarre, oui, mais est-ce que vous êtes dans le cockpit du Jet ? Non, vous n’y êtes pas, et lui, il doit faire avec ça ce que font d’autres avec un tricycle !

 

Notre petit Asperger peut se noyer sous toutes les instructions et possibilités et se perdre à tout jamais. Car il ne quittera pas son cockpit. Jamais.

Il peut donc abandonner et s’enfermer dans son monde.

 

Il peut aussi profiter de tout le potentiel qui lui est donné, et comprendre, manette par manette, le fonctionnement de tout cela.

Ainsi, vers 12 ans, il sera peut-être capable de rouler plus vite qu’une Ferrari avec son avion.

S’il continue ainsi, s’il a de la chance, il pourra un jour vraiment décoller, et à ce moment le cockpit et lui ne feront plus qu’un, il sera le meilleur, il connaîtra tout, saura tout de la lumière, de l’air, de la pression de l’air, de l’altitude, naturellement, sans jamais l’apprendre, il sera un génie dans son domaine.

Un NT ne pourra le rattraper qu’après des décennies d’études, et encore, ce n’est pas probable car jamais personne ne pourra être autant imprégné de tout cela que notre petit Asperger.

 

Bien évidemment, l’image n’est que cela, une image, mais je pense que cela donne une idée de ce que c’est : l’Asperger est projeté trop tôt dans trop de pensées, de connaissances, d’impressions, de réflexions, et pour s’y retrouver il n’a personne pour l’aider.

Il faut pourtant l’aider, à rester calme, à y aller pas à pas, mais ne pas l’empêcher de réaliser son potentiel, car s’il a de la chance il volera haut, très haut.

Il sera TOUJOURS différent.

 

Pour aller jouer, par exemple, il faut d’abord qu’il rejoigne les autres, qu’il quitte son cockpit un instant, et donc qu’il apprenne à ouvrir la porte de l’avion, et c’est déjà dur ! Pour jouer avec les copains, il faut apprendre à baisser des manivelles, appuyer sur des boutons, pousser en même temps contre la porte, programmer la fermeture…. Le temps de sortir, les autres enfants peuvent être loin !

 

Tous n’y arriveront pas.

La plupart resteront dans leur avion mais rouleront comme si c’était une voiture, vivant ainsi normalement dans la société en étant un peu à part. Ils seront des adultes responsables, indépendants, compétents, intelligents, étonnants, heureux, je l’espère, mais différents.

 

D’autres n’y parviendront pas et auront toujours besoin d’aide.

 

Certains parviendront au top, ils voleront haut, plus haut que tous les autres.

 

Le potentiel, il y est dès la naissance. Il  peut se réaliser.

C’est ce que je souhaite au mien. Je ne sais pas si cela arrivera mais moi, j’espère qu’il décollera.

 

Toutefois, je serai déjà heureuse s’il pouvait juste rouler normalement, comme une petite Fiat Panda, et trouver le bonheur.

 

 

J’espère que vous avez compris le message que je tente de faire passer par cette petite comparaison qui peut se décliner dans toutes les formes.