empathie

Mensonge et Empathie – des clichés ??

 

On dit des Aspergers qu’ils ne savent pas mentir.

Je ne peux en aucun cas parler pour TOUS les Aspergers, évidemment, mais ce sujet revient REGULIEREMENT !

Alors, j’ai mis de côté mes convictions personnelles et je me suis interrogée sur mes propres expériences de façon aussi neutre que possible : je connais, depuis de nombreuses années, trois Aspergers suffisamment bien pour pouvoir me prononcer avec certitude sur leur cas – deux adultes et mon fils – je parlerai donc de cette petite expérience, un petit lot sorti d’une grande masse.

Ce petit lot, tiré au hasard de la vie, ne sait effectivement pas mentir.

Ce n’est pour autant une règle que j’en déduis, il y a certainement des exceptions, mais trois sur trois, c’est tout de même un hasard extraordinaire ! 

Prenons mon fils, c’est le plus flagrant :

Mon fils est jeune, il l’apprendra peut-être un tout petit peu, je l’espère pour lui, au moins parfois, un petit mensonge pour ne pas blesser quelqu’un par exemple. Comme cela est encore arrivé aujourd’hui… un moment gênant.

Donc, pour l’instant il est totalement incapable du moindre mensonge. 

Au point que cela me  pose un problème à moi, non seulement dans les moments de gêne mais aussi, par exemple, dans l’éducation de son jeune frère.

Il est exact qu’avec mon aîné, qui est donc un Asperger, auquel j’ai logiquement tout adapté, ma façon de l’élever, de lui parler, d’être, je n’ai JAMAIS menti. Jamais. Même pas pour les choses les plus difficiles, parce qu’il ne me le pardonnerais jamais. Le seul et unique mensonge était celui du père Noël et je l’ai avoué et assumé en lui expliquant de mon possible pourquoi je l’avais fait. C’est la seule et unique fois que je ne lui ai pas dit la vérité. 

Mon petit NT par contre, c’est autre chose. Là, parfois je lui sors les petits mensonges du quotidien - « si tu fais cela, attention, telle chose risque d’arriver », ou le classique « si tu ne viens pas maintenant, je m’en vais et je te laisses ici »….. en tout cas j’essaie de le faire…. Impossible quand son grand frère est là puisqu’il va lui dire « mais non, on reste là, je ne m’en vais pas, je t’attends ». J’ai beau lui expliquer que cela fait partie de l’éducation, le petit doit vraiment croire que je m’en vais, il doit venir, lui, rien n’y fait. Quand le grand est là je ne peux pas sortir le moindre mini-mensonge, il me corrige.

Bref, peu importe la situation, mon aîné ne sait pas mentir. Donc, au mieux j’obtiens de lui qu’il ne dise rien…..

Quant aux deux adultes de ma connaissance, c’est exactement la même chose. Mais c’est plus évolué. Je pense qu’ils ne voient pas l’intérêt de mentir, puisque ce n’est pas nécessaire. Ils ne le font pas. Ils ont tous les deux bon cœur, ne voient jamais le mal, jamais, même si en théorie ils se préparent au quotidien à l’affronter.

Ils sont « bons », leur cœur est « bon », si on veut.

Du coup, les mensonges ne font pas partie de leur vie. En sont-ils incapables ou ne voient-ils pas pourquoi le faire ? Je ne le sais pas.

Le revers de cette médaille bien dorée est qu’ils sont très directs.

Ils vont dire en deux mots, clairement, où ils en sont.  La diplomatie ne fait pas nécessairement partie de leur façon d’être.

Ils ne vont pas enjoliver les choses, pas tourner autour du pot, en deux mots ils vous diront ce qu’ils pensent, ce qu’ils feront, ce qu’ils ont en tête.

En même temps, j’admets que, personnellement, je préfère cela à quelqu’un qui parle et parle et parle au point qu’on oublie le sujet de la conversation, noyée sous des informations sans intérêt.

 

Donc, en prenant mon petit échantillon, le constat est clair : l’Asperger ne sait pas mentir et ne le souhaite pas.

Il est souvent très direct dans ce qu’il a à dire. Même s'il tente d'adoucir ses propos parce qu'il a peur de blesser son vis-à-vis, parce que le deuxième cliché ne correspond PAS à la vérité: 

  

Venons-en au deuxième point : souvent les NT disent que les Asperger n’ont pas d’empathie.

C’est TOTALEMENT faux, d’après mon expérience, en prenant le même petit échantillon de personnes que je connais depuis des années.

Tout au contraire, les trois ont bien plus d’empathie que le commun des mortels ! La manifestation en est simplement différente.

Il faut toutefois bien distinguer l’empathie et la capacité théorique de se mettre à la place de l’autre dans une situation qui peut se présenter mais n’est pas encore arrivée !! Une projection, si on veut. Et là encore il faut distinguer par âge et  expérience.

Leur capacité de se mettre à la place de l’autre au niveau « théorique » (dans une situation qui n’est pas encore arrivée) peut parfois ne pas être au point…. Ils ont effectivement souvent du mal à imaginer ce que ressentirait l’autre si jamais telle chose lui arrivait – la conséquence est justement le fait qu’ils sont TRES DIRECT dans ce qu’ils ont à dire, ils n’imaginent pas ce que la personne en face d’eux ressentira. Ils imaginent que la personne sera bien contente de connaître la vérité (p.ex. « oui, tu as vraiment pris un coup de vieux » - non, cela ne fait pas plaisir à entendre même si c’est la vérité).

MAIS cette capacité peut se développer par simple expérience, puisque l’Asperger est très sensible à ce que ressent son vis-à-vis dans la vraie vie, il reconnaît (comme toujours) facilement ses propres erreurs et souhaite les corriger, et ainsi, au fur et à mesure il peut être trop prudent dans son approche de peur de blesser quelqu’un en disant ce qu’il souhaite lui dire.

Ainsi, dans mon échantillon d’adultes, nous avons deux hommes.

L’un se fiche royalement de ce ressent celui qu’il a en face lorsqu’il lui dit la vérité. Il ne souhaite pas blesser, mais la vérité est plus importante que le reste.Il pense du coup que c'est la même chose pour tous les autres. 

L’autre par contre prendra trop de gants, parce qu’il semble avoir fait l’expérience de réactions qu’il ne souhaitait pas provoquer. Il adoucira tout ce qu’il dit avec un « mais je sais que tu ne voulais pas faire ça, juste ce n’était pas bien ce que tu as fait mais je suis certain que ce n'était pas ton intention de…. »  ou encore « ta coiffure ne me plait pas trop, mais qu’est-ce qu’elle te fait ressortir tes yeux » ou encore « la lumière de cet ascenseur n’est vraiment pas avantageuse, nous avons tous l’air de vieux ».

Revenons-en à l’empathie directe, le fait de se mettre à la place de l’autre, ressentir ce qu’il ressent, même absorber les sentiments de l’autre. Je ne suis même pas certaine que le terme « empathie » soit adapté. Le fait de ressentir ce que ressent l’autre, de comprendre, de vouloir lui éviter la peine - c’est de cela que je parle ici. Parfois cela va jusqu'à absorber les émotions de l'autre. Ici, dans ce sens là, l’Asperger est bien plus empathique que les NT en général.

Il ne réagira peut-être pas immédiatement, ou encore de façon erronée (surtout chez l’enfant les réactions sont souvent totalement inadaptées, il peut rire quand quelqu’un se blesse p.ex.), peut-être la situation devra d’abord être gérée dans son for intérieur, mais le fait est que la réaction de l’Asperger est souvent plus violente. Parfois peu adaptée, parfois tardive, mais intérieurement il subira un tremblement de terre alors que les NT ne ressentent qu’un leger frisson.

Toutes les émotions sont démultipliées chez les Aspergers de ma connaissance, et je lis souvent que les autres se battent avec la même difficulté. Cela semble donc être quelque chose de « commun ». Chez l'enfant comme chez mon fils cela et difficile à maîtriser et à contrôler, puisque nous ne pouvons qu'aider de l'extérieur.

Un ressenti est plus fort. Plus violent. Et les moyens de combattre ce ressenti ne sont pas nécessairement suffisants puisque c'est justement ici qu'il y a un "manque". L'autoprotection fait défaut.

Chez mon fils en particulier j’ai noté qu’un des plus grands problèmes est celui de gérer ses émotions, souvent trop fortes sans véritable raison. Une joie simple chez nous est chez lui quelque chose d’immense, et même en étant une émotion positive cela peut dégénerer en crise.

De même une petite peine est chez lui une tristesse immense – et tout son corps réagit, c’est quasiment physiologique.

Donc, nous travaillons énormément sur la gestion des émotions. Au quotidien. Tout le temps. Ce n’est pas simple.

J’ai aussi noté que toute inquiétude de ma part se voit chez lui – je me vois donc moi-même, et là encore c’est difficile. Je dois donc ME maîtriser, maîtriser beaucoup d’émotions chez moi pour ne pas les lui imposer. Pas simple non plus.

Bref, mon petit échantillon confirme donc apparemment ce que disent la plupart des sites d'Asperger : l'Asperger est PLUS empathique que les NT, et non pas moins. 

Attention toutefois, ne confondons en aucun cas « hypersensibilité » ou encore une « hyperémotivité » avec tout cela, cela n’a strictement aucun lien - évidemment, ce sont là deux concepts totalement différents ;-) 

 

Voilà voilà, c’est tout pour aujourd’hui.

 

 Ahhhh mon fils, plus précisément ? Et bien il commence à gérer ses émotions. Mais je crains qu’il n’apprendra jamais à mentir……

 

Petit PS: L'image de cet article est simplement une image d'illustration trouvée sur internet. Il ne s'agit PAS d'enfants atteints d'Asperger (du moins à ma connaissance) mais simplement de deux copains ou deux garçons qui font semblant de l'être pour une photo ;-)  Ce n'est que cela, une image d'illustration