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Je me vois – comment tu me vois ?

  

Une nouvelle étape ?

Un moment de prise de conscience ?

Ou, justement, les deux ?

 

Ces derniers temps, mon fils, qui est désormais un pré-ado de 11 ans, était plus « fragile », pas tant avec moi qu’avec son père et même son éducateur – des hommes, une autorité un peu « différente » probablement.

 

Le fait est qu’il pouvait rendre les deux dingues par des phrases idiotes répétées en  boucle –  des phrases répétées non pas par nécessité mais par bêtise, cela ne ressemblait pas à un rituel, un besoin mais à une « connerie », avec des mimiques d’adolescent . D’ailleurs, il l’admettait lui-même, que ce n’était pas un « besoin » mais juste une « envie » – et  il ne le faisait jamais chez moi, un problème que je n’ai pas vécu (ouf !!).

 

On s’interrogeait, est-ce que ce sont les hormones de pré-ado qui l’agitent ? Est-ce que son Asperger le troublait encore plus ces derniers temps ?

Avec son père nous avons alors pris la décision de consulter un neuropsychiatre, on nous avait conseillé de le faire et nous tentons toujours tout, cela ne peut pas faire de mal. Pensions-nous.

Car depuis le début, nous avons toujours tout tenté, nous avons consulté, nous n’avons écarté aucune piste, aucun conseil, aucune méthode, puis nous avons choisi ce qui nous semblait le plus approprié pour notre garçon.  Et je pense que c’est ce qu’il fallait faire et ce qu’il faut faire, puisque le résultat est plus qu’encourageant !

 

Mais revenons-en à mon histoire de rendez-vous chez le neuropsy ; bien évidemment, nous lui en avons parlé auparavant, nous lui avons expliqué ce que l’on explique dans ces cas là puis nous y sommes allés.

 

Ca ne s’est pas « mal » passé, absolument pas, mais notre fils était particulièrement tendu, vraiment, il avait une façon de parler qui traduisait une tension intérieure qui faisait peine à voir. Il se bloquait physiquement, tellement il était tendu intérieurement. Toutefois sans que ce soit gênant pour son entourage, il n’y a que lui qui avait un réel souci. Puis il a choisi de sortir nous attendre dans la salle d’attente, mais là encore il pouvait nous entendre et  c’était dur. Pour lui comme pour nous.

 

En sortant du cabinet, il était en pleurs.

Pourtant, la neuropsychiatre nous a dit que tout ce qu’elle avait à proposer dans son cas, c’était des groupes de paroles (ce qu’il a déjà dans son emploi du temps), puisque justement il est très « ouvert » et très « verbal ».

Mais rien n’y faisait. Il était en pleurs, mal tout le week-end qu’il a fini avec son père.

Et il n’a toujours pas pu exprimer par des mots ce qui le préoccupe. Tout son corps reste encore sous tension, même sa démarche semble plus raide.

 

Après avoir fait plusieurs tentatives de discussions avec lui, il semblerait que ce soit le fait d’être « différent » qui lui devienne insupportable, de devoir consulter des « psy » (que ce soit –chiatres ou –chologues). Il ne supporte plus ce côté « médical », ce côté « problème différent des autres ».

 

Je l’ai pris à part alors et je lui ai dit que désormais j’allais considérer que tout ce qu’il faisait venait de ses hormones de pré-adolescent, mais qu’il devait alors réagir comme tel.

Cela fait longtemps que je le prépare (lui et moi, en fait) à l’adolescence, je lui avait même dit allait traverser une phase d’adolescence « bête », que souvent les garçons deviennent réellement « idiots » à cette période de leur vie (il ne m’a pas cru).

Quand je lui ai rappelé ces discussions, il était ravi et soulagé, il a trouvé de la normalité dans ses soucis (bien que nous savons tous qu’il y a bien plus), il a mis un mot dessus qui était « normal ».

 

Je sens qu’il ne veut plus être qui il est . Il ne supporte plus sa « différence ».

Il souhaite toujours être seul, mais être « différent », non.

Même si ce n’est pas ce qu’il est, je vais tenter de faire en sorte qu’il se sente « exactement pareil ».

 

Voir son fils en pleurs alors que tout ce que l’on veut c’est l’aider, c’est dur.

 

Toutefois, il est bien possible que cela a pu déclencher quelque chose – les mois à venir nous le diront – cela a pu déclencher une nouvelle évolution. C’est souvent le cas.

 

Ainsi je me souviens très bien comment il est sorti de l’hôpital de jour : il y allait volontiers à mi-temps. Jusqu’au jour où il a compris que ce n’était pas « au choix », qu’il y allait parce qu’il était « différent », qu’il pouvait continuer à y aller même plus grand, que ce n’était pas à lui de décider quand il allait en sortir…. En un mois il a tellement changé que l’hôpital de jour nous avait convoqué pour mettre en place sa sortie de la structure, en nous disant qu’ils ne pouvait plus lui apporter de quoi avancer, qu’il avait besoin désormais d’entrer dans un cycle normal (qui prendrait toutefois en charge sa déficience visuelle !!).

C’était un déclic, à cette époque.

 

J’espère que là, ce rendez-vous de la semaine dernière qui lui a fait tellement de peine, c’était un autre déclic tout aussi positif.

 

Je vous tiendrai au courant.

 

Le fait est que je suis très affectée de l’avoir attristé malgré moi, son père et moi sommes vraiment chagrinés, mais nous pensions bien faire. Mais nous aussi nous devonsapprendre.

 

Il grandit.Il mûrit. Et là, l’adolescence lui tend les bras…. J’ai peur, mais je pense que c’est aussi une opportunité de changer les choses.

 

Parce que le garçon qui se cache sous toutes ses peurs et angoisses, ces inquiétudes et rituels, c’est le garçon le plus extraordinaire qu’on puisse imaginer : drôle, intelligent, gentil, avec un cœur d’une immense de bonté, altruiste comme je n’en ai jamais vu d’autres, humble, courageux, fort.

Je l’ai déjà aperçu, ce garçon, dans des moments de besoin, quand j’étais en difficulté. Il devient alors un autre, un véritable homme qui prend en charge.

Seulement, le reste du temps c’est mon petit garçon que le poids des inquiétudes et des pensées qui s’agitent dans sa tête écrasent.

 

J’espère que là, nous nous sommes débarrassés d’un petit peu de ce poids… on verra.

 

Quoi qu’il arrive, je serai auprès de lui.

 

A bientôt !!