Man-With-Question-06[1]

 

Prendre une décision.

 

 

C’est quelque chose de presque insurmontable pour tout Asperger.

Pour le Neurotypique, c’est très simple.

 

Exemple pour un enfant : Tu veux une glace ?

Le Neurotypique : ah oui, j’ai envie d’une glace. J’aime bien vanille et fraise, j’ai droit à une boule, je ne peux pas en avoir deux, non, bon, alors je vais prendre une boule de glace à la fraise.

L’Asperger : est-ce que je veux une glace ? Il ne fait pas très chaud, je risque d’avoir froid. Mais alors je n’aurais qu’à fermer ma veste. Oui, mais j’ai du mal avec les boutons, il me faudrait de l’aide pour fermer la veste. Maman m’aidera sûrement, mais si elle me dit qu’elle a les mains prises avec ses sacs ? D’ailleurs, je devrais l’aider à porter les sacs, je suis grand maintenant (et cela continuera encore pendant longtemps, je vous épargne une partie des réflexions – à un moment on revient vers la glace) ….. Si je prends une glace et que je me salis, ça va être dégoutant, et puis mes doigts seront collants. Si jamais ma veste est tâché maman sera fâchée, et je n’ai rien pour essuyer les mains, je pourrais demander une serviette, mais si jamais ils n’en ont pas ? Ou s’ils ne les donnent pas ? Et d’ailleurs, si je me tâche alors que nous sommes déjà partis et que maman n’a pas de mouchoir (là encore je vous épargne une grande partie des réflexions qui s’ensuivent, vous aurez saisi l’idée, revenons à la glace). J’aimerais bien une glace à la vanille, mais peut-être la fraise c’est mieux, d’ailleurs c’est très bon et rouge. J’aime le rouge (petite réflexion sur les taches sur la veste et la couleur rouge que je vous épargne), oui mais si je prends de la vanille et qu’après je m’aperçois que je voulais du chocolat, ce sera trop tard. Et puis il y a des gouts que je n’ai jamais gouté, j’aimerais bien essayer citron. Oui, mais si je n’aime pas le citron ….. Et si je lui demandais si je peux avoir deux boules? Mais alors, si elle dit non, elle serait fachée ..... Etc. etc. etc. etc. etc. etc.

 

Pour un adulte j'ai un autre exemple : je dois aller à Paris.

 Le Neurotypique : bien, je prendrai la voiture, je partirai à 4 heures du matin et arriverai vers midi. Je mangerai alors surement avec mon copain.

L’Asperger : Je peux prendre le train. Il faudra alors me lêver à six heures pour le train de sept heures vingt, mais si je dois aller à la gare je dois prendre le bus. La ligne 12 y va, mais alors il faudrait que je prenne le bus de 6.39. Mais s’il est en retard, c’est trop risqué, je vais prendre le bus de 6.29. Et puis je vais devoir acheter le ticket. Je peux l’acheter maintenant en ligne, mais si jamais je dois l’annuler qu’est-ce que je fais ? Je peux aussi l’acheter à la gare, mais alors que ferai-je s’il y a une queue d’attente devant le distributeur ? Et s’il est en panne ? D’ailleurs, si je veux y être à l’heure, je ne dois pas oublier de régler le réveil pour que je puisse m’habiller à l’heure. Je devrais porter un jean, c’est confortable, mais c’est moins beau qu’une jupe. Je devrais peut-être mettre une jupe, mais si je m’assois dans le bus c’est plus hygiénique avec un pantalon. Et si dans le bus je m’assois sur quelque chose de collant et que je dois me changer, comment faire ? Je pourrais alors le faire à la gare, dans les toilettes (etc. etc. etc. etc.).

Ou alors je prends la voiture. Je partirai tôt le matin, vers quatre heures. Oui, bonne idée, j’arriverais donc vers midi. Mais il faudrait prévoir la monnaie pour les péages. Cela coutera combien ? Il faudra que j’en ai assez. Ou alors je réglerai avec la carte bleue. Est-ce qu’il faut que je fasse le plein ? Je l’ai fait la semaine dernière, vaut-il mieux refaire le plein ou attendre d’être surla réserve ? Si jamais je suis sur l’autoroute et que je tombe en panne sèche, c’est ennuyeux, mais j’ai encore la moitié du réservoir et cela peut suffir pour une bonne partie du trajet. Et les pneus, est-ce qu’ils sont gonflés ? Mais sur la route, si je me perds ? Ah, j’ai le GPS, mais s’il tombe en panne ? Et une fois à Paris, je me gare où ? Je ne connais pas, je vais me perdre, et il y a beaucoup de trafic, je vais me garer où. Dans un parking public ? Oui, mais s’il n’y a pas de places ? Si je n’en trouve pas ? (Etc. etc. etc.

Ou alors je prends l’avion (je vous épargne la même chose pour l’avion).

Vous aurez compris que pour un Asperger, la prise de décision la plus simple peut prendre des proportions énormes (et encore, je n’ai pas parlé des angoisses face à la nouveauté !).

Et cela ne s’arrête pas là, puisque une fois la décision prises, après avoir exploité tous les détails, possibilités et risques, l’Asperger aura toujours un doute : est-ce que l’autre solution n’était pas meilleure ??

 

Vous avez maintenant compris POURQUOI il est si difficile à un Asperger de prendre une décision

 

Alors, COMMENT L'AIDER ?

Si vous avez un enfant, apprenez-lui à le faire. A prendre confiance en lui et ses jugements. Je vous donnerai plus bas quelques idées pour y parvenir (des astucs qui se sont avérés efficaces pour moi, mais tous sont différents, à adapter à votre enfant!).

S’il est adulte, aidez-le un peu - sans le materner, il n'est pas bête mais justement trop vive, il réfléchit trop! Alors, pour l'aider, enlevez simplement des options, dites que vous n'aimez pas l'avion ni le train et voilà qu'il ne pensera plus qu'à l'option "voiture" pour le trajet vers Paris. Ce sera déjà beaucoup plus calme dans son esprit!

 

Mon fils avait énormément de mal quand il était petit. Il ne savait pas décider, tout simplement. Il ne pouvait pas demander non plus. Il était bloqué par le moindre choix à faire, ne parlons même pas de prendre des initiatives.

Aujourd’hui il sait proposer de lui-même des activités, sans même que je le lui demande. Il parvient à prendre des décisions dans tous les domaines, même si par moments c’est encore un peu dur. Parfois il hésite, mais globalement il choisit désormais comme tout enfant.

 

Si votre enfant a des difficultés à prendre des décisions je vous conseille donc de l’aider à le faire dès le plus jeune âge, SANS JUGER CES DIFFICULTES NI LES TOURNER EN RIDICULE.

Il ne fait pas exprès, IL NE SAIT PAS s’il veut porter le T-Shirt bleu ou le vert. Les deux ont des avantages et des inconvénients. IL NE SAIT PAS s’il veut le bonbon vert ou le rouge. Impossible de décider.

 

Pour l’aider, il y a des choses à faire et à ne pas faire. Voici quelques exemples :

 

A ne pas faire :

Ne le pressez jamais dans sa prise de décision, si vous le poussez sa décision peut se transformer en véritable crise par la suite parce que tous les doutes subsistent.

Ne lui demandez jamais des choses comme : « tu veux regarder quoi, comme DVD » ? Ou alors « Tu veux quel parfum de glace »,ou encore « comment tu veux t’habiller » … C’est trop vague. Il faut aller au plus simple, ne jamais proposer plus de deux options (chocolat ou vanille?), du moins au début.

Ne jamais remettre en doute son choix une fois qu’il l’a fait. Il a choisi les chaussures vert fluo, et bien, c’est le choix parfait. D’ailleurs, vous aurez fait le même.

Une fois que le choix est fait, ne lui proposez surtout pas une nouvelle option ! On arrête là ! Sinon tout devient encore plus compliqué puisqu'il aura désormais toujours une doute supplémentaire : si je décide, me proposera-t-il/elle une autre option meilleure encore, une à laquelle je devrais penser dès maintenant? Vous voyez à quel point cela peut être contreproductif et même douloureux??? (je parle d'expérience, un membre de ma famille avait et a  toujours la facheuse tendance à le faire alors même que je répète depuis des ANNEES qu'il ne faut surtout pas, et systématiquement cela trouble mon fils pendant des semaines).

Ne vous moquez jamais de lui. Evidemment.

Ne soyez pas exaspéré par sa lenteur quand il s’agit de décider. Le maître-mot est PATIENCE. Mieux vaut ne pas le laisser choisir que de lui faire sentir votre impatience. Choisissez vos batailles avec soin, une fois engagée en va au bout!

 

A faire :

Commencer par des choix très simple, à deux options et évidentes. NE LE METTEZ PAS DEVANT UN CHOIX DIFFICILE, VOUS LE METTRIEZ EN POSITION D'ECHEC!

Pour moi c’était le choix entre un DVD Spiderman ou un DVD Dora. Mon fils DETESTE Dora (parce qu’elle ne cesse de répéter les choses, cela l’agace, il a compris). Alors le choix était évident.

Et lentement, on complique. Les deux options seront moins évidentes. Mais toujours que deux choix. Pendant longtemps.

Une fois que la décision est prise, même si cela ne vous convient vraiment pas, tant pis, on dit que c’était le bon choix et on s’y tient avec le sourire. Il ne faut pas qu’il sente qu’on n’est pas d’accord !

Puis, lentement, on ajoute une troisième option.

Cela prend des mois. De longs mois.

 

Si, pendant la décision, il est en difficulté, vous pouvez l’assister, mais pas trop. Du type « ah, ce pull a une capuche, il y a du vent. Peut-être il serait mieux aujourd’hui. Qu’en penses-tu ? On pourrait mettre le rouge demain ? ». Soulagé parce qu’il était bloqué, il dira « oui, oui », et voilà.

MAIS NE PRENEZ PAS L’INITIATIVE trop tôt, n’intervenez dans la prise de décision que lorsque cela est vraiment trop dur, qu’il commence à s’agiter !

 

Chaque décision est un pas !

Chaque décision non prise le fait reculer.

 

Surtout, une fois que vous lui demander de choisir, laissez-lui le temps et laissez-le choisir librement !

Ne reprenez pas la main. A lui de décider. Même s’il y en a pour des heures.

 

Sachez donc quand engager la bataille (oui, je me répète, mais c'est important)! Surtout pas quand vous êtes pressé !!! C’est à éviter. A ce moment-là, à vous de le faire « tiens, je viens de laver le pull rouge, on le met, il sent encore tout bon » au lieu de « tu veux le vert ou le rouge ? ».

Et au contraire, si vous avez le temps, prenez le temps !

 

Lorsque votre Asperger parviendra à faire son choix entre plusieurs options (disons cinq, juste pour donner un chiffre), allez plus loin et laissez le proposer de lui-même.

« Quel pull veux-tu mettre » (sans proposer un choix) « que veux-tu faire cet après-midi » (sans proposer d’options).

 

Ce sera dur au début … mais il y parviendra.

 

Voilà, j'espère avoir pu vous donner des pistes!

 

L’essentiel de mon propos était surtout de vous faire prendre conscience à quel point il est dur pour un Asperger de décider. Il a plus de choses à prendre en considération que le Neurotypique. Il réfléchit tout simplement plus, plus loin.

D’une certaine façon, il a raison ; de l’autre côté toutefois il se complique bien la vie !

Il n'a donc pas tort de le faire. C'est juste différent de ce que fait le neurotypique, qui prend le chemin direct sans réfléchir aux détours.

 

Aidez-le en facilitant en amont les choix (ceci est valable pour les enfants comme pour les adultes). Et ne les mettez pas en question en aval !